Rien n’est tout blanc ou tout noir, et aucune situation de crise géopolitique n’est simple, au Tibet comme ailleurs

Ou le triomphe de la barbarie du régime de Pékin sur la non violence. [http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/04/28/depuis-les-emeutes-au-tibet-les-musulmans-chinois-de-linxia-se-sentent-places-sur-la-ligne-de-front_1039277_3216.html#ens_id=1017373|http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/04/28/depuis-les-emeutes-au-tibet-les-musulmans-chinois-de-linxia-se-sentent-places-sur-la-ligne-de-front_1039277_3216.html#ens_id=1017373|fr] Cet article intéressant du journal  » Le Monde  » du 29 avril 2008 présente un éclairage peu médiatisé de la crise tibétaine. Et un son de cloche différent dans l’unanimité des louanges des médias occidentaux. Après les égarements, hésitations, reculades et autres excuses de la diplomatie française et la cacophonie européenne pour défendre la démocratie en Chine, on peut dire que la victoire du régime dictatorial chinois se profile à l’horizon dans le bras de fer pour utiliser les J.O. à des fins de propagande interne et extérieure ! Qui pourra inverser la tendance avant les J.O. de cet été ?

En plus, des populations qui devraient être unies devant la dictature et que certains veulent monter les uns contre les autres, ici les Tibétains et les Huis, population de Chinois musulmans, différentes des Turcs dont nous avons parlés dans un article précédent, se déchirent et se laissent emporter par la haine. La défense des droits de l’Homme en Chine dépasse largement le seul problème tibétain.%%% Voici l’article:%%%  » M. Ma, musulman chinois qui a grandi dans une région tibétaine et possédait naguère un commerce à Lhassa, se dit « très inquiet » depuis les émeutes en pays tibétain. Ce petit homme au regard aigu tient boutique dans une rue du centre de Linxia, chef-lieu d’une préfecture de la province du Gansu où vit une importante minorité Hui (musulmane) et toute proche de la ville de Xiahe, localité tibétaine théâtre d’une manifestation antichinoise au milieu du mois de mars.%%%M. Ma égrène ses motifs d’inquiétude avec vivacité, comme s’il tentait de lutter contre la précipitation des événements : « J’ai une boutique à Xiahe. Le 15 mars, des émeutiers tibétains ont essayé de la détruire, mais mon personnel a réussi à tirer à temps le rideau de fer le jour de la manifestation. » Il a peur. Il songe désormais à aller « ouvrir un magasin d’antiquités à Pékin ou Shanghaï ». « Je vais retourner à Xiahe, mais pas pour longtemps », assure-t-il. Et il ajoute, songeur : « Vous savez, j’ai été élevé à Xiahe. Je me souviens que, dans mon enfance, on entendait les Tibétains proférer des slogans du genre : « Tuez les Hui (musulmans) ! Chassez les Han ! (ethnie majoritaire en Chine) » »%%% Linxia est une grosse bourgade, un vaste et terne entassement de maisons grises, laideur urbaine qui suinte l’ennui. Dans cette rue animée, de nombreux commerçants de l’ethnie hui vendent des coraux et des turquoises, dont sont friands les Tibétains.%%% En ville, depuis le début des tensions intercommunautaires, on ne voit plus guère de citoyens du « pays des neiges ». Tout juste croise-t-on quelques-uns d’entre eux dans la foule aux visages fermés.%%% Linxia jouxte le monde tibétain mais on a, ici, l’impression que cette Chine de l’islam a renvoyé le reste de l’empire dans un autre univers : ici, c’est un monde de mosquées, un paysage piqueté de minarets parcouru par des hommes vêtus de costumes sombres, coiffés de calottes blanches. Les femmes, cheveux voilés de mantilles ou de foulards, marchent en groupes le long de la route. L’ensemble, sous un ciel morne, dégage une impression d’austérité, de tristesse paisible.%%% Les Hui sont le produit de métissages sino-arabo-persans dont les origines remontent aux premiers contacts du monde chinois avec l’islam : à partir du VIIe siècle, empruntant la Route de la soie ou la voie maritime jusqu’à Canton, des commerçants, des savants, des diplomates arabes ou persans se mêlent à la population locale.%%% Les Hui sont aujourd’hui une dizaine de millions, répartis dans plusieurs régions de Chine, notamment dans le Gansu, cette province du désert de Gobi (nord-ouest de la Chine) où ils forment une importante minorité. Ils ont aussi « émigré » dans les coins les plus reculés du pays, jusqu’au Tibet et au Xinjiang, une autre région musulmane. Les Hui sont souvent paysans, mais ils sont aussi commerçants ou restaurateurs.%%% La proximité du monde tibétain fait qu’en ces temps troublés, certains musulmans ont un peu le sentiment de se retrouver sur la ligne de front : le 14 mars, à Lhassa, lors de la première émeute, le lendemain à Xiahe, leurs magasins ont été pris pour cibles par les émeutiers tibétains.%%% Les Han n’étaient pas les seuls visés : à Lhassa, des manifestants ont tenté d’incendier une mosquée. En ces temps d’incertitude marqués par la confrontation et les rancoeurs, M. Ma se méfie de tout, même de certaines autorités : « A Xiahe, quand des Tibétains sont arrêtés, les responsables locaux, qui font partie du même peuple, les font libérer rapidement. Ici, à Linxia, si une bagarre éclate entre Hui et Tibétains, il vaut mieux se tenir à carreau : les flics prendront partie pour ces Tibétains que le pouvoir gâte à coups de subventions !… »%%% DISCOURS RASSURANT%%% Dans un bâtiment d’une grande mosquée à l’architecture disgracieuse – elle a été totalement reconstruite dans les années 1980 après avoir été détruite par les Gardes rouges durant la révolution culturelle -, l’imam Ma Ruxun tient un discours rassurant, collant étroitement à ligne officielle qui vante l' »harmonie » entre minorités et affirme que les fauteurs de troubles tibétains représentent une minorité liée à la « clique » du dalaï-lama : « Les Hui et les Tibétains cohabitent harmonieusement », soutient l’imam, un homme d’une trentaine d’années à la barbe clairsemée, avant d’insister : « Oui, il est vrai que des commerçants hui ont été victimes des émeutes, à Xiahe comme à Lhassa. Mais c’était pour des raisons politiques et de jalousie commerciale : seule une faction extrémiste des moines soutient les manifestations ; la plupart y sont opposés et encouragent même leurs collègues à ne pas vénérer le dalaï-lama ! »%%% « Non, affirme encore l’imam d’un ton morne, je ne suis pas inquiet : ces heurts entre Tibétains et Hui ne vont pas dégénérer. » Dans sa boutique de bijoux, M. Ma n’est pas d’accord : « Les Tibétains ? Mais ils sont, évidemment, tous partisans de l’indépendance ! », s’exclame-t-il. « 

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