Congrès de CAP21, discours de clôture de Corinne LEPAGE : oui au  » mariage de l’écologie, de l’économie et de la liberté  » et non à une  » société néo-libérale matinée d’étatisme brouillon ! « 

((/images/Corinne discours clôture.jpg)) Tout juste arrivés de notre Congrès 2010 à Paris, je vous en parlerai en détail car il en vaut la peine. Mais voici déjà un discours de clôture magistral mais très concret et combatif ! Un grand espoir qui renaît malgré la situation critique où se trouve la France, l’Europe et leurs habitants.  » Mes chers amis Nous avons la responsabilité historique de devoir changer de civilisation. Certes, nous ne pouvons le faire seuls en France, la France ne peut le faire seule en Europe, l’Europe ne peut le faire seule dans le monde. Mais, nous, mouvement politique dont l’objectif et la profession de foi ont toujours été de mettre le cap sur l’avenir, nous devons prendre pleinement notre part dans cette métamorphose que notre génération doit accomplir et peut accomplir. Les faits sont têtus : La crise que nous traversons n’est pas nouvelle. Je vois comme vous mes enfants grandir, avoir des enfants à leur tour et cela fait bien longtemps que la parenthèse enchanté est fermée. La crise est là, longue, durable. Ne nous trompons pas, ce que nous appelons crise aujourd’hui est un nouveau soubresaut, plus violent encore, d’une crise longue, celle que notre monde tout entier traverse depuis trente ans ! Mais, ce qui est redoutable aujourd’hui est que ce que nous annoncions il y a déjà longtemps, est maintenant notre quotidien. Rappelez vous, nous parlions de pétrole cher, de possible crise sanitaire liée à l’environnement, de pollution majeure. Que n’avons nous été traités de cassandre ! Mais cela ne relève plus de la prévision, nous y sommes : Climat, ressources en eau, énergie, biodiversité…et pour accélérer le tout, crise financière ! ((/images/André Congrès 2010.jpg))

La crise systémique dans laquelle nous sommes plongés est l’aboutissement de ces contradictions, de l’abandon progressif par le politique du champ du pouvoir, à l’économique d’abord, puis à la finance, des transformations géopolitiques de la mondialisation qui sont en passe de mettre un terme à la prééminence occidentale et avec elle, le modèle universaliste qui a commencé en 1789. Le cycle ouvert avec la Déclaration des Droits de l’Homme, laquelle marque le début du libéralisme économique, s’achève sur une autodestruction. Le marché a tué le marché. La concentration capitalistique et la domination absolue de la logique financière ont produit la détérioration des mécanismes de régulation. L’exemple actuel de la multiplication des plans de rigueur en Europe- au passage, sans aucune coordination européenne- traduit la crainte de la sanction, par les agences de notation, puis par les marchés financiers, d’un déficit budgétaire jugé excessif. Or, ces déficits ont été largement accrus par les plans de relance, eux même rendus indispensables en raison des conséquences économiques de la crise financière. Ainsi, la dernière étape de la prise de pouvoir par la finance est-elle en train de s’accomplir, réduisant les Etats à mettre en péril une très timide reprise par des coupes drastiques dans les budgets publics, permettant ainsi de déréguler encore et de restreindre le champ des services publics. La France, non seulement n’échappe pas, -pour des raisons évidentes- à ce mécanisme, mais encore sa conversion récente au néo-libéralisme mâtiné d’étatisme brouillon, renforce encore l’inefficience, l’absence de cohérence et de vision et surtout l’injustice du système. Deux exemples parmi tant d’autres : – le cadeau fait aux banques en France. La Cour des Comptes a fustigé cette semaine dans un rapport la perte sèche de 5,9 MDs d’euros liés aux modalités du plan de secours aux banques, alors que les Etats-Unis, la Grande Bretagne ou l’Allemagne ont gagné des sommes non négligeables ; – la recherche de nouvelles ressources publiques. La suppression de niches fiscales est indispensable. Mais pourquoi commencer par celles qui frappent les travaux immobiliers qui permettent à de multiples PME de vivre, qui luttent contre le travail au noir et s ‘inscrivent dans l’efficacité énergétique et ne rien faire pour mettre un terme au scandale qui fait que les entreprises du CAC 40 « optimisent « leur fiscalité avec un impôt sur les sociétés en moyenne à 8% quand les PME payent 33%. La vérité est que jamais la défiance, le sentiment d’injustice et l’anxiété face à l’avenir n’ont été aussi grands. 1. le sentiment d’injustice est palpable à tous les niveaux de la société et ce n’est pas qu’un sentiment, C’est une réalité insupportable dans un pays comme le nôtre où l’égalité joue un rôle fondamental dans le pacte républicain : 1. injustice économique par l’accroissement des inégalités 2. injustice écologique que l’exposition aux risques et à la pollution 3. injustice sociale, en matière d’espérance de vie, d’accès aux soins, d’accès à l’éducation, et bien sûr à l’emploi 4. injustice en matière de droits et d’accès à la justice elle-même, avec une justice à deux vitesses et une impunité de la corruption, du trafic d’influence, et plus généralement de la délinquance en col blanc, sauf pour des lampistes comme Kerviel, parfaits boucs émissaires des petits Madoff qui sévissent autour de nous. Nous devons être au pouvoir pour réformer la Justice, lui donner une vraie indépendance et lui permettre d’agir avec rapidité. 2. La Société de défiance est une grande caractéristique de la société française. L’abstention massive lors des scrutins des européennes et des régionales traduit une défiance à l’égard du politique. Mais la défiance est beaucoup plus étendue : 1. défiance à l’égard du politique en général, incapable de défendre l’intérêt général au regard de la crise économique et financière .A quoi bon voter puisque les politiques ne peuvent plus décider de notre avenir ? 2. défiance à l’égard des élites, en raison de l’explosion des inégalités, de la cupidité et du mépris exprimés par les élites financières et économiques, face aux difficultés croissante des autres de boucler leurs fins de mois et de maintenir leur niveau de vie. 3. défiance à l’égard des experts et de tous ceux qui prétendent savoir pour les autres, tant les erreurs, les fausse prédictions les vraies manipulations le plus souvent à des fins mercantiles ses ont accumulées .Surinformation qui tue l’information, sous information, désinformation .Tous les moyens sont bons pour créer la confusion. L’exemple du climat et la tribune permanente- – donnée aux climato-sceptiques et à son champion français Claude Allègre en est une bonne illustration. Aujourd’hui, les lobbys n’hésitent plus à utiliser des « scientifiques « pour défendre leur industrie. La cabale contre l’AFSSET coupable de ne pas suffisamment soutenir la téléphonie mobile en est un signe parmi d’autres. Dès lors, c’est le doute qui est jeté sur la science dans son ensemble par ceux là même qui prétendent la défendre…. 4. Défiance vis à vis des médias, tenus par la manne publicitaire lorsqu’ils ne sont pas au main direct du pouvoir politique ou économique. Nous devons remettre de l’ordre dans cette confusion qui profite à certains et ruine le pacte de social. L’expertise doit être indépendante, la presse et l’information aussi. Nous le savons, et nous le ferons ! 5. défiance, et c’est certainement le plus grave, des catégories socioprofessionnelles les unes envers les autres : salariés du privé contre fonctionnaires, agriculteurs contre urbains, exclus contre travailleurs, et le plus redoutable, seniors contre jeunes. La désespérance de notre jeunesse, le « no future »qu’illustre, pour certains, la consommation excessive et parfois dramatique d’alcool est un drame national qui devrait nous conduire non pas à condamner les jeunes mais à comprendre comment notre comportement produit une telle situation. L’injustice faite aux jeunes par des aînés qui se méfient et n’offrent aucune perspective est une situation radicalement nouvelle, liée en partie au vieillissement d’une société dont l’âge moyen dépasse 40 ans. Mieux éduqués et plus diplômes que leurs aînés, ils sont maltraités en terme d’emplois, de salaires et de perspectives. Nous faisons régner une forme d’ambiance d’apocalypse now, pour reprendre l’expression d’Emmanuel Todd. Or, l’avenir d’un pays, ce sont ses jeunes. Et pourtant… nos jeunes ont beaucoup à nous apprendre .Inquiète de ce monde à la fois global et fragile, notre jeunesse dessine une nouvelle éthique de vie dans laquelle les réseaux jouent un rôle central de débat, de mobilisation et de solidarité. Nous y reviendrons. Comment sortir de cette crise systémique et de ces impasses en série qui rendent encore plus anxiogène une société dans laquelle les facteurs d ‘insécurité individuelle et collective se multiplient ? Il existe un élément majeur et extrêmement positif : celui des progrès considérables qu’a fait dans l’opinion publique la prise de conscience des enjeux environnementaux, de la nécessité absolue de transformer notre mode de développement pour y répondre, de revenir à une primauté de l’éthique définie comme la réponse à nos besoins fondamentaux. Et ce bouleversement n’est pas seulement européen. Il concerne à des degrés divers le monde entier .Rappelons que l’enquête menée avant Copenhague dans 44 pays avait souligné combien les citoyens des pays du sud étaient plus préoccupés par le changement climatique que ceux du nord. Cette exigence des citoyens est une formidable chance, un formidable moteur pour avancer. Tout recul sur le champ de l’environnement n’est-il pas aujourd’hui vécu comme un échec ? Il s’explique par la différence entre ce que les individus attendent et investissent et la réalité. Mes chers amis, nous savons tout cela. Mais il serait aujourd’hui inconscient, voir criminel, de nous contenter de dénoncer. Il est grand temps pour nous d’agir, et agir, pour un parti politique, c’est se mettre en ordre de bataille pour Diffuser nos idées Faire adhérer de nouveaux militants Allier nos forces avec ceux qui partagent en grande partie nos valeurs Gagner les élections à venir pour changer cela Oui mes amis, nous ne pouvons plus nous satisfaire d’avoir raison, nous devons agir en pesant de toute nos forces et de toute notre conviction sur l’échiquier politique. L’écologie démocrate est aujourd’hui la seule force porteuse d’espoir. A nous d’en faire une force de propositions et de solutions Une nouvelle alliance du souhaitable du possible est indispensable. Elle doit se fait ici et maintenant. L’objectif est de mettre en place un modèle de développement différent, soutenable, solidaire et équitable. Mais, ce développement est un objectif à atteindre qui nécessite du temps. C’est la raison pour laquelle nous devons nous transformer en société de transition permettant ici et maintenant d’apporter des réponses concrètes à nos contradictions, de mettre de la cohérence entre nos politiques dans l’espace et dans le temps. Vouloir apporter de pseudo réponses de long terme à des questions de très court terme est une absurdité. Ainsi, en matière de retraite, pourquoi prendre des engagements pour 2015 et 2020 de nature à rassurer les marchés financiers, voire pour ouvrir la voie de retraite par capitalisation, mélangeant ainsi l’immédiat et le long terme. Nous devons agir ici et maintenant, pas pour les générations futures…quelles blagues les générations futures ! Le rapport Bruntland en parlait déjà…en 1987…les enfants de la génération Bruntland, nés en 1987, on 23 ans…bon anniversaire, en cadeau vous avez une crise financière, une marée noire, quelques guerres civiles, la paupérisation, le mal logement Nous devons entrer dans la logique du possible qui n’est pas celle du maximum mais de l’optimum. Celui-ci passe par de nouveaux équilibres : un nouvel équilibre entre besoins et droits fondamentaux Fondamentaux : voilà un adjectif dont nous ressentons le besoin croissant et qui heurte de plein fouet le règne de la cupidité, de nouvelles formes de barbarie et de généralisation de la politique de l’oxymore consistant à dire le contraire de ce que l’on fait, vidant ainsi le discours public de sa substance et les mots de leur sens. Assurer la cohérence entre les actes et les paroles, les valeurs affichées et les valeurs appliquées : il s’agirait déjà d’une révolution. L’exemplarité doit devenir un maître mot. Le président Obama l’a parfaitement compris en arrivant aux affaires et en indiquant que les traitements des membres de son cabinet seraient réduits. Nous pouvons comparer cette attitude au choix français d’augmenter de 150 % le traitement du président de la république et de refuser de baisser même symboliquement les traitements des ministres sous le prétexte fallacieux que cela aurait une incidence sur toute la fonction publique. Ce nouvel équilibre impose une charte des devoirs correspondants, fondé sur les principes d’équité de solidarité et de responsabilité. Le libéralisme économique, à la grande différence du néolibéralisme financier, imposait une responsabilité correspondant aux degrés de liberté, un équilibre entre les acteurs quant à leur degré d’information et une régulation sanctionnée. Ces trois caractéristiques ont littéralement disparu dans le système actuel : 1 une irresponsabilité morale et juridique qui est devenue la règle 2 des consommateurs qui ne disposent pas des informations permettant un réel ajustement de l’offre et la demande 3 la destruction organisée de toute régulation susceptible de gêner les acteurs les plus puissants Dès lors, la réalité est que le système actuel n’a rien de libéral et que le retour à ces trois règles fondamentales constituerait déjà un progrès majeur. C’est un préalable qui implique la définition d’une nouvelle régulation fondée sur un rapport équilibré entre les droits de la collectivité les prérogatives individuelles, les droits et les devoirs de chacun. Par ailleurs, le juste contrepoids à la mondialisation est la définition de biens publics mondiaux qui doit être gérés par la communauté des Etats et non par le marché : le climat, l’eau et même la monnaie. – il nous faut porter haut et fort la défense des libertés individuelles. La mise en place progressive d’une société de surveillance du plus grand nombre, d’opacité et de liberté sans frontières pour un tout petit nombre déstabilise profondément les systèmes démocratiques Hadopi contre un secret défense destinée à cacher les rétro commissions qui coûte près d’un milliard d’euros au contribuable, LOPPSI 2 contre le secret industriel destiné à transformer une grande partie de l’humanité en cobaye, sans oublier les projets d’accord SWIFT d’échanges de données personnelles avec les Etats Unis sous couvert de lutte anti terroriste qui s’est heurtée au refus du Parlement européen. Cette situation régressive est d’autant plus préoccupante que les droits humains au développement durable imposent de prendre en considération des devoirs envers nous-mêmes, les conditions de notre survie, les générations futures. – Une transformation des mécanismes démocratiques de gouvernance. Le développement soutenable doit être le lieu de Refondation économique des principes démocratiques. Le droit à l’information et le droit la participation doit venir à égalité avec le droit de vote pour permettre la mise en place de mécanismes qui vont de bas en haut et non pas seulement de haut en bas. Cette perversion du système vaut en politique comme en économie .La perte de pouvoir politique qui fait que nos territoires, et donc nos concitoyens, deviennent les réceptacles de choix faits ailleurs, n’est plus supportable. La revendication des villes à devenir des acteurs à part entières du changement du modèle économique est doublement justifiée d’une part sur le plan factuel car elles sont les premiers acteurs des choix publics d’autre part sur le plan politique car elles sont l’élément majeur de reconquête du pouvoir politique par le territoire. Ce développement ne peut se faire sur fond de décroissance subie. Un monde fini impose de repenser radicalement le développement économique. Le mot décroissance, maladroit fait peur. Mais à ne rien faire nous sommes dans cette décroissance subie et non voulue avec son cortège de misère, de chômage et de désespérance. C’est la raison pour laquelle la croissance ne peut être un objectif en soi pour nous et celle de l’hémisphère Sud ne peut être une croissance irresponsable. La question va bien au-delà de ce mot décroissance. Elle est LE défi du 21ème siècle. Comment permettre chaque jour à de nouvelles personnes d’accéder à l’indispensable sans ruiner l’espoir de ceux qui ont peu ? Nous devons inventer un nouveau modèle économique qui utilisent moins d’énergie, moins de matière mais crée plus de valeurs et d’échanges. Et nous savons, contrairement aux spécialistes du greenwashing que ce n’est pas un peu de vert ici ou là qui changera la donne. La croissance du 20ème siècle est intenable, la décroissance comme une abstinence forcée est ingérable. Et je le dis humblement, ce n’est pas seul que nous inventerons ce nouveaux modèles car il ne peut vivre que s’il est construit démocratiquement compris et porté par tous. La question centrale est donc bien celle de la reconversion industrielle, de la relocalisation et de la réindustrialisation de la France et de l’Europe. Nous avons perdu en France plus de 3 millions d’emplois industriels en 30 ans et, la politique de rachat de nos entreprises par des fonds de pension ou des maisons mères dont l’objectif n’est pas celui d’un développement entrepreneurial mais bien d’un profit à court terme a fini de tuer notre tissu industriel. Notre espoir de redéveloppement économique ne peut se fonder sur le modèle des salariés sous-payés et surpollués du sud. Le modèle universaliste qui reste le notre est celui d’une égalisation par le haut et non par le bas. Mais ne nous trompons pas. Il s’agisse de retraites, de dette publique ou même de poids de la France dans le monde, nos choix industriels et économiques sont au cœur de la problématique. Et ces choix passent par un soutien sans faille l’innovation que nous ne confondons pas avec le progrès technique, qui, le plus souvent , ne fait qu’améliorer sans les remettre en cause des recettes dont nous savons maintenant quels sont sans issue. Nous parlons de cette innovation qui permet d’aborder le problème par un autre, nous avons de la faiblesse de croire que c’est le pont et qui est de mettre au cœur de l’innovation la convergence de trois exigences majeures : être socialement utile écologiquement supportable et humainement acceptable. Le concept d’économie circulaire dont les Chinois ont fait loi de cette nature mais ce n’est pas la seule voie. . Dans ce contexte, la confiance, la solidarité, la volonté de justice et d’équité sont au cœur de notre projet. Je propose avec CAP21 un pacte écologique et démocratique de transition. Ce pacte écologique et démocratique permet la cohérence dans le temps et dans l’espace. Ce pacte global n’est pas une succession de mesures, un catalogue mais un pacte global qui permet l’articulation entre l’économique et le social grâce à une nouvelle méthode démocratique. Les quatre pactes qui composent ce pacte écologique et démocratique sont donc indissociables les uns des autres. L’ensemble définit ce qui est souhaitable et possible ici et maintenant. . Un pacte citoyen dont l’objectif est d’assurer une gouvernance éthique et le retour à une société de confiance. Il est la condition sine qua non pour assurer le respect de la démocratie dans les transformations profondes qui nous attendent .Il exige d’abord des transformations institutionnelles majeures destinées à assainir un certain nombre de pratiques et de connivences et à assurer la transparence du contrôle démocratique et enfin de permettre à l’intérêt général de prévaloir sur celui des lobbys qu’ils soient financiers économiques ou même politiques : Établir une VIe république , affirmer la séparation des pouvoirs en reconnaissant de nouveaux droits d’expression démocratique et de contre-pouvoir aux citoyens, en particulier un véritable référendum d’initiative populaire ; assurer la réelle indépendance de la justice, y compris des parquets. Il passe ensuite par une démocratie participante avec le mandat unique mère de toute réforme politique en France, le scrutin proportionnel ,la représentation particulière des jeunes. A cet égard, le rôle des réseaux en matière de débat politique doit être affirmé et la neutralité du net garantie. Une réelle participation à la prise de décision grâce à un droit à l’information et à l’expertise indépendantes, à une justice efficace et la même pour tous, à un retour à l’application par la justice des valeurs de la république. Enfin, la démocratie participante impose de nouveaux rapports entre politique et société civile et une redéfinition des fonctions et des rôles des partis politiques au regard de tous les autres acteurs de la société civile. Il valorise la modernité du modèle républicain pour passer d’une égalité virtuelle à une égalité réelle. En particulier l’affirmation de la laïcité et du droit des femmes en commençant par la monogamie, l’égalité financière, l’égalité d’accès à l’éducation pour tous, la reconnaissance d’un droit à la sécurité humaine qui ne se limite pas à la sécurité publique, la réaffirmation de l’école de la république sont incontournables. La confiance et la participation appuyées sur un partage de la connaissance et de l’information permettent d’envisager les 3 autres pactes. Le pacte écologique conditionne les pactes économiques et sociaux et offre une formidable opportunité de repenser le fonctionnement de nos sociétés humaines basées sur l’échange et la réciprocité, la justice sociale, la qualité de la vie tout en offrant des opportunités économiques nouvelles locales et durables. La transition écologique permet le découplage entre le bien être humain et l’hyperconsommation matérielle dans le sens d’un développement soutenable et désirable. Il reconnaît comment prioritaires : 1. la conservation de la biodiversité 2. la reconnaissance du lien santé -environnement avec l’affirmation du principe de prévention et de précaution, 3. la lutte contre le changement climatique par la révolution énergétique, 4. la place essentielle donnée à l’agriculture comme moteur du développement durable, 5. le rôle central du territoire avec la primauté donnée à la ville durable sur le plan écologique comme sur le plan social et des perspectives de rentabilité socio-économique globale permettant de favoriser l’initiative privée Cette transition écologique impose une fiscalité totalement repensée dans laquelle une monnaie « éco » pourrait venir compléter l’euro permettant simultanément d’assurer une redistribution financière, de réduire l’empreinte écologique et de favoriser l’innovation technologique.. L’avenir est évidemment à ceux, à titre individuel comme à titre collectif, qui auront la capacité de lier l’ensemble car, le pacte écologique est le pacte avec l’avenir. Le pacte économique permet de passer d’une vision productiviste à une approche consommatrice ; il passe par une vraie démocratie dans l’entreprise et une vraie place des entreprises dans notre démocratie et qui bien entendu s’inscrit dans le préalable écologique. Ce pacte économique impose nouvelle comptabilité globale qui dépasse le seul PIB et permet de prendre en compte non seulement les externalités négatives qui ne sont pas comptées aujourd’hui mais aussi les externalités positives. Elle seule permet une reconversion industrielle notamment par une priorité absolue donnée à l’économie verte sous toutes ses formes et à la synthèse entre technologies propres et sobres et technologies de l’information. Entendons-nous bien. Il s’agit d’une triple révolution : – d’abord dans le domaine de l’énergie pour réduire drastiquement la part du secteur nucléaire dans le bouquet énergétique et au contraire favoriser l’émergence d’une industrie du renouvelable et de l’efficacité énergétique. À cet égard il est inadmissible que le rapport sur la filière de l’industrie nucléaire soit classé secret défense et qu’il soit impossible d’avoir un véritable débat en termes financiers en terme d’emplois sur les coûts et avantages des filières respectives. – la seconde révolution concerne les rapports entre entreprises du CAC 40 et PME. Si l’encouragement des PME est dans la bouche de tous les dirigeants, la réalité contraire. L’impôt sur les sociétés réellement acquitté est de un à quatre, les subventions de l’État vont aux grands groupes directement ou indirectement, la recherche publique est faite pour les grands groupes, l’aide à l’exportation concerne principalement les grandes entreprises. Et même les pôles de compétitivité dont la vocation première aurait été de favoriser la mutualisation de la recherche et d’un certain nombre d’activités des PME ne jouent pas ce rôle. Sans cette double révolution économique, nous aurons la plus grande difficulté à redémarrer une véritable activité industrielle. Car, derrière cette proposition, c’est tout le secteur agricole et forestier qui doit être mobilisé, c’est le secteur immobilier, le tourisme qui reste l’une de nos activités économiques la plus florissante. – la troisième révolution est celle de l’économie sociale et solidaire, qui est un excellent contrepoids aux dysfonctionnements du système. Les rapports humains et sociaux, la responsabilité des acteurs, la capacité de viser un projet d’entreprise et non pas d’actionnaires sont évidemment à privilégier. Ce secteur représente aujourd’hui 10 % du PIB ; nous devrions viser à le doubler dans les 10 ans qui viennent, à condition bien sûr que les dirigeants des entreprises a sérieusement leur introspection et notamment il se demande comment ils ont pu laisser se perpétuer le très joli hold-up sur les fleurons du secteur bancaire coopératif que sont ou plutôt devrais-je dire qu’étaient les banques populaires et d’épargne. À condition aussi que ces entreprises réfléchissent à la difficulté qu’elles ont à faire vivre le quotidien la démocratie dont elles se réclament (fixer comme objectif de faire passer de cinq à 10 % le taux de participation des sociétaires aux assemblées générales ne démontre pas une ambition démocratique démesurée). Ce pacte doit également comporter un volet fiscal avec un véritable New deal fiscal : nouvelles normes comptables pour mettre un terme à la dictature du court terme, réforme du système de taxation des bénéfices pour taxer davantage à partir d’un certain niveau, mis en place d’une véritable fiscalité assise sur l’utilisation du patrimoine collectif, permettant ainsi d’alléger la fiscalité sur le travail, fiscalité assise sur le revenu et non sur l’activité. Il va de soi que la France est en Europe et que la crise actuelle conduit à un renforcement de la politique commune au niveau européen. La supervision financière, un substantiel budget communautaire, un régime communautaire de TVA permettrait très certainement de mettre en place une véritable gouvernance économique européenne. Mais, notre pays devrait pousser dans cette direction, alors même que les choix qui sont faites aujourd’hui en matière de fiscalité sont parfaitement injustes. Le pacte social destiné à assurer la justice et la dignité de chacun dans le travail et dans sa vie. Le drame du chômage, qui frappe les jeunes et les seniors et par voie de conséquence rend irréel le débat actuel sur les retraites, est un véritable cancer de la société française. Le modèle du Nord de l’Europe de flexsécurité est un bon modèle vers lequel nous ne nous sommes pas engagés à tort. Les couvertures sociales de base doivent être recentrées sur la logique de la solidarité nationale et des couvertures complémentaires collectives marchandes fondées soit sur l’économie sociale, soit sur la responsabilité sociale doivent être promues et favorisées par rapport aux acteurs purement marchands. Le rôle du tissu conventionnel doit être développé, adapté aux spécificités de leurs environnements et en synergie avec les mécanismes de responsabilités qui font notre droit. De plus, une redistribution sociale orientée vers l’emploi est indispensable : plusieurs mesures pourraient être proposées comme, une assurance-chômage pour tous ceux qui créent une entreprise, ou encore la conditionnalité de la baisse du coût du travail aux efforts en faveur de l’emploi et non pas des revenus d’actionnaires, un micro crédit social, le développement de budget participatif géré par les citoyens notamment à des fins sociales. Ce pacte de conversion écologique et démocratique répond aux nécessités de notre temps dans mesure où il est porteur de solutions concrètes et lissées dans le temps et où il est porteur d’espoir puisqu’il réduit la contradiction dans laquelle chacun d’entre nous est enfermé. Comment s’inscrit-il dans le débat politique ? L’espoir qu’avait suscité le MODEM, lors de sa création en 2007, était double : Permettre à tous ces militants de venir en politique pour essayer de changer la et le politique ; Offrir aux Français un projet alternatif qui ne soit ni celui d’une droite néolibérale, ni celui d’un socialisme devenu conservateur. Mon but aujourd’hui n’est pas de me tourner vers le passé pour regretter ou me féliciter que CAP 21 ait été un parti cofondateur du MODEM. Le constat d’échec est là et doit être reconnu comme tel. Certains ont oublié les engagements communs de 2007, au profit d’une stratégie purement personnelle de conquête du pouvoir. Cela ne signifie pas que le double espoir de 2007 doive être abandonné : changer la politique ; offrir aux Français un véritable projet alternatif Oui, l’espoir est le même mais la donne politique doit être complètement changée. Oui, il est indispensable de trouver de nouvelles méthodes pour faire participer tous nos concitoyens qui le souhaitent au débat politique, sans pour autant les contraindre à s’encarter, pour tous ceux qui ne le souhaitent pas Oui, les partis politiques doivent se transformer pour sortir ce que le langage commun appelle la classe politique de sa tour d’ivoire. La Refondation de notre mouvement, certes bien perfectible, s’inscrit dans cette logique d’ouverture pour permettre tout les formes de coopération, notamment avec les réseaux sociaux à vocation politique. Oui, un projet alternatif reste profondément nécessaire dans le paysage politique actuel. Ce projet doit inscrire l’espace écolo – démocrate comme ce véritable espace alternatif. Comme le dit fort justement Jean-François Kahn, le fait que la droite ait tort et que la gauche ait tort ne signifie pas que le centre ait raison. Le centre à « la papa », qui prétend ne pas choisir entre la Droite et la Gauche mais qui, en réalité aujourd’hui opte aujourd’hui pour la Droite du président Sarkozy ne peut trouver sa place dans ce XXIe siècle. En revanche, un projet totalement alternatif en ce qu’il ne se définit pas par la droite par la gauche mais par sa vision de l’avenir et les moyens de transition propres à y parvenir a toute sa place. L’écologie, comprise non comme la préservation de l’environnement mais comme un système assurant la cohésion de l’économique, du social et de l’environnemental grâce à un nouveau modèle démocratique est au cœur du dispositif. Elle seule permet la cohérence du souhaitable et du possible, ici et maintenant. L’éthique, la responsabilité sociale et environnementale de chacun, la valorisation du sens sont désormais des valeurs centrales de la reconquête du politique c’est-à-dire du destin de chacun d’entre nous. Sur cet espace, nous devons travailler avec tous ceux qui souhaitent, avec les nuances que nous connaissons, promouvoir la métamorphose. Nous avons commencé avec le changement de statut, notre propre métamorphose. Nous entrons dans une phase d’expérimentation dans laquelle l’expérience et la vision de tous ceux qui nous rejoignent nous permettront de mûrir. Je souhaiterais que nos universités d’été puissent être l’occasion d’un premier point et notamment d’une réflexion sur le changement de notre nom qui devrait être le symbole de notre transformation. Mais ceci est mineur au regard des enjeux auxquels nous sommes confrontés. Nous disons clairement : nous faisons de la politique pour que le monde change , maintenant ! Pas pour que la majorité change seulement avec les même vieilles badernes et les même recettes éculées portées par les même vieux cumulards de la République Le changement d’état d’esprit de nos concitoyens s’est traduit dans les urnes et il va de soi qu’un mouvement comme le nôtre qui a retrouvé son indépendance ne peut rester à l’extérieur des transformations que subit l’écologie politique. Mais, la coopération est une chose. La fusion en est une autre. Indépendamment du fait que rien ne laisse supposer aujourd’hui que les Verts souhaitent réellement l’arrivée de cap 21 en tant que tel dans Europe Ecologie, deux inconnues doivent être levées : la place idéologique et politique des Verts au sein d’Europe Ecologie et l’autonomie d’Europe Ecologie à l’égard du parti socialiste. Tant que ces 2 inconnues subsistent, il n’est pas possible pour nous d’envisager plus qu’une coopération sur le fond des sujets dans le cadre des coopératives régionales lancées par Daniel Cohn-Bendit. Nous jouerons pleinement le jeu de ces discussions de fond avec nos amis d’Europe Ecologie dans le cas des coopératives régionales comme nous avons du reste commencé à le faire. Le débat est ouvert mais la balle n’est seulement pas dans notre camp. Pour être à la hauteur des enjeux du pays, il faut partir de ce que les français privilégient, l’environnement sur le fonctionnement actuel de l’économie. Or l’addition des scores électoraux de ceux qui se revendiquent de l’écologie est de moins de 2 français sur 10. Il s’agit maintenant de transformer la donne politique pour répondre aux besoins et aux désirs du pays Deux orientations sont possibles : La première consiste à gérer au mieux un magot électoral et à déterminer une stratégie en fonction des alliances les plus confortables. La seconde consiste à résoudre ici et maintenant les problèmes du pays en défendant un projet autonome de transition écologique et démocratique. A mes yeux, l’essentiel n’est en effet pas de gérer un capital électoral mais de répondre à la tension à laquelle nos concitoyens sont soumis entre leurs espérances et la réalité. Or, précisément, l’élection présidentielle doit être l’occasion pour présenter à nos concitoyens une candidature assurant ces derniers de la possibilité et de la réalité de la mise en place d’une politique de transition écologique et démocratique. Nous avons été le premier pays à porter les Lumières en Europe. Retrouvons notre vocation universaliste. La France doit et peut devenir en 2012 le premier pays à s’engager dans une transition écologique et démocratique. Nous voulons participer de cette reconquête du sens et du politique. Nous voulons participer de la mise en place et de l’application d’un projet alternatif fondé sur le pacte écologique et démocratique. Nous voulons ici et maintenant ouvrir la voie de cette société de transition qui permettra le changement de civilisation auquel nous n’échapperons pas. Notre choix est de le subir ou de le choisir. En ce qui me concerne, et je n’en doute pas , en ce qui vous concerne, le choix est tout fait . Nous avons décidé d’être non seulement les acteurs mais les moteurs de ce changement de société, ici et maintenant.  » Discours prononcé le 30 mai 2010 à 12 heures par Corinne Lepage, présidente de CAP21. Seul le prononcé fait foi.

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