Après le vote de la loi sur la mixité qui permet de réintroduire la ségrégation par genre à l'école , laisser cette décision sans suite constitue une atteinte grave à la conception française de l'égalité et des valeurs de laïcité.

Corinne LEPAGE
Présidente de CAP21 "

... et Avocate

Voici mon sentiment sur cette triste affaire beaucoup trop médiatisée et instrumentalisée.

Le drame rencontré par ce couple qui subit la pesanteur de moeurs et de coutumes anciennes et non religieuses m'attriste.

Il n'est pas question de récupérer cette douloureuse situation. Il faut aussi écouter les demandes et réactions de ce couple et respecter son intimité. Intimité très relative, dans un monde à la recherche douteuse de scoop et trop souvent incapable d'avoir un débat de fond constructif ou non stigmatisant.

Par contre, il faut certainement faire évoluer les bases juridiques en France qui sont établies, dans certains cas, sur des notions de bonnes moeurs qui rejoignent celles du sud de la Méditerranée et qui ne sont plus adaptées au XXIème siècle. C'est là que se situe notre réaction qui sort bien évidemment d'un cas tragique et particulier.

Je propose d'aller plus loin que l'action du samedi 7 juin et de réfléchir ensemble, personnes des deux sexes et venant des deux côtés de la Méditerranée sur cette évolution nécessaire, qui doit être comprise, acceptée et non subie ! Mais c'est un débat en profondeur pour plus tard.

Nous constatons parfois que ces bases juridiques ne sont plus adaptées à l'évolution des moeurs, ni à la défense de l'égalité Femme - Homme. Elles peuvent aussi être détournées par des individus ou mouvements intégristes pseudo-religieux.
Ce n'est évidemment pas le jugement en tant que tel que je conteste. Ce jugement est prononcé à cause du mensonge d'un des deux époux ET parceque l'autre époux n'accepte pas ce mensonge. Notons par exemple qu'un mariage a ainsi été annulé en 1982, à Paris, parce qu'une femme ne savait pas que son mari était impuissant. Y a-t-il eu mobilisation pour défendre ce pauvre homme ?

Le changement d'attitude soudain Madame Rachida Dati, ministre de la Justice, devant le tollé provoqué par ce jugement, et venant de tout l'échiquier politique, montre que le problème soulevé est grave. Sinon, j'apprécie son témoignage personnel; mais qu'a-t-elle fait dans ce domaine depuis qu'elle est ministre ?
Remarquons d'ailleurs que la secrétaire d'Etat à la solidarité, Valérie Létard, a critiqué une "atteinte à l'intégrité" des femmes.

Il faut aussi être prudent car la récupération est toujours possible par une certaine gauche plus ou moins bien intentionnée ou une droite nationale anti-musulmane.

Cela CAP 21 et le MoDem sauront l'éviter.

Enfin, la laïcité subit des assauts répétés depuis un certains temps venant de ces mêmes groupes intégristes dans le domaine médical ou scolaire, par exemple mais pas uniquement. Cela est inadmissible.
Mais il ne faut tomber dans le piège tendu; il faut éviter de donner une impression de faiblesse, il ne faut pas non plus être méprisant ou blessant vis à vis d'une religion.

Ces assauts contre la laïcité sont relayés, pour d'autres raisons, dans d'autres domaines et de façon plus subtile, par nos dirigeants actuels.

Là aussi nous devons être présent pour défendre une laïcité qui n'est pas un rejet des religions, mais pas non plus une capitulation devant des exigences incompatibles avec nos valeurs.

Exigences non religieuses, rappelons-le, comme le démontre par exemple l'ambitieux projet Hadith en cours en Turquie depuis 2006, réalisé par des théologiens et imams dont 450 femmes, à l’université de l’école théologique d’Ankara. Ce projet qui se termine est une véritable Réforme et il mettra en avant l'Islam des Lumières.