Faisons confiance à ses deux démocraties pour avancer rapidement sur ce drame complexe qu'aucun autre pays d'Europe, lourd de sa propre histoire, ne peut juger: la "Grande catastrophe", en arménien Medz Yeghern, subie par le peuple arménien au début du XXème siècle.
D'autant plus que la région caucasienne mutilée par de nombreux conflits ( Tchétchénie, Ossétie du sud, Abkhazie, Haut Karabakh ... ) qui se sont ou vont s'ouvrir à nouveau doit avoir un signal fort à ses portes pour en finir avec cette différence d'approche vieille de près d'un siècle depuis le début du drame arménien.
Le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères Burak Ozugergin a déclaré mercredi que la campagne d’excuse pour la Grande catastrophe de 1915 et la campagne inverse lancée par des diplomates à la retraite doivent être vues dans les limites de la liberté de parole.

Cette pétition diffusée depuis mardi sur Internet par un groupe d’intellectuels, a déjà reçu plus de 11 000 signataires demandant pardon aux Arméniens pour les massacres commis en 1915.

Cette pétition inédite intervient sur fond de réchauffement des relations entre Ankara et Erevan. Ainsi en septembre, Abdullah Gül est devenu le premier Président turc jamais invité en Arménie. C‘était à l’occasion d’un march de foot entre les deux équipes nationales, pour la qualification au Mondial 2010.
Des intellectuels arméniens ont aussi envoyés une pétition au Président Abdullah Gül. « Avec ces prises de position parallèles, une nouvelle période s’ouvre dans les deux pays » a déclaré Hilda Tchoboian, présidente de la Fédération Euro Arménienne pour la Justice et la Démocratie. « Les intellectuels turcs et arméniens, unis contre le mensonge et le déni du génocide, en appellent pour la première fois à une vraie réconciliation fondée sur la vérité, la reconnaissance et la justice.

« Nous reconnaissons chez les intellectuels turcs des qualités remarquables de courage et de maturité démocratique, que l’Union européenne a le devoir moral et politique de soutenir » a poursuivi Hilda Tchoboian, présidente de la Fédération Euro-arménienne. Elle souligne que l’Assemblée européenne doit être à l’écoute de l’évolution de la société turque, et cesser de soutenir des attitudes figées d’une administration qui « tire la société vers le bas ».

« Le Parlement européen ne doit pas lâcher ces démocrates turcs courageux qui risquent non seulement des condamnations en vertu de l’article 301 du code pénal turc, mais mettent en danger leur vie en demandant ouvertement la reconnaissance du génocide des Arméniens » a conclu Hilda Tchoboian.

Le Président turc Abdullah Gül est intervenu pour sa part mardi pendant une conférence de presse commune avec son homologue bulgare Georgi Parvanov. « Chacun peut exprimer son avis librement » a déclaré Abdullah Gul à une question sur la campagne lancée récemment sur internet.

Parmi les signataires, le nouveau coprésident des Verts en Allemagne, Cem Özdemir, devenant le premier député allemand en 1994, issu de l’immigration à entrer au Bundestag, puis en 2004 il est élu au Parlement européen, l'Obama allemand a accolé sa signature à celles dont les noms commencent à être spécifiés sur le site internet www.ozurdiliyoruz.com
Des universitaires, journalistes, juristes et défenseurs des droits du homme turcs ont souhaité faire des excuses publiques aux arméniens pour les évènements de 1915 et leurs négations. Parmi les premiers signataires on trouve l’écrivain Perihan Magden, Asli Erdogan, Murathan Mungan, Enis Batur, la journaliste Ece Temelkuran, Mine Kirikkanat, Oral Çalislar, le mathématicien Ali Nesin, la sociologue Nilüfer Göle et l’historien Fikret Adanir. La campagne devrait se tenir toute l’année 2009.