Le bilan de la conférence de Genève contre le racisme (Durban II), qui s'achève vendredi, restera très controversé. Elle a été dominée par la polémique créée par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et le boycott de la réunion par dix pays occidentaux, et non des moindres. Sur le plan médiatique et diplomatique, le président iranien a réussi un coup magistral, aidé par une mobilisation exceptionnelle des organisations juives. Paradoxalement, les deux camps se sont mutuellement renforcés pour discréditer la conférence. Entre les anathèmes du président iranien et ceux d'Israël et des organisations juives, déniant toute légitimité à la conférence de l'ONU et appelant à un boycott généralisé, les victimes du racisme ont eu beaucoup de peine à faire entendre leur voix. Plus de dérapage Les dérapages ont été plus graves qu'à Durban, lors de la première conférence de l'ONU en septembre 2001. Ils ont eu lieu à Genève à l'intérieur de l'ONU, alors qu'à Durban les violences verbales anti-israéliennes avaient surtout dominé le forum des ONG à l'extérieur de la conférence.

Le fait que le début de la conférence ait coïncidé avec la Journée de commémoration de l'Holocauste a contribué à déchaîner les passions, «une coïncidence très malheureuse», a regretté la porte-parole de l'ONU Marie Heuzé. Un bon document Les déclarations incendiaires de Mahmoud Ahmadinejad ont fait du conflit israélo-palestinien le centre des débats, alors même que dans les travaux préparatoires, tout avait été fait pour évacuer ce problème. Il n'y a aucune mention d'Israël dans le document final de la conférence, adopté à la hâte mardi pour éviter toute remise en question, ce qui répond aux voeux des Occidentaux.

Le concept de diffamation des religions, très contestable, n'a pas été entériné dans le texte final, et le principe de la liberté d'expression préservé. Plusieurs ONG ont qualifié de «bon» ce texte, même si, pour d'autres, il ne va pas assez loin et ignore des discriminations importantes (castes ou homosexuels notamment). Absence critiquée Ces concessions arrachées de haute lutte aux pays musulmans n'ont pas atteint leurs buts, puisque les Etats-Unis et plusieurs pays occidentaux ne se sont pas ralliés à la conférence. Le fait que dix pays, soit bien davantage qu'à Durban, n'envisagent pas d'adopter son document final en affaiblit la portée.

L'absence des Etats-Unis a été beaucoup critiquée, y compris par la Haut Commissaire aux droits de l'homme Navi Pillay. Mais Barack Obama a, semble-t-il, préféré ne pas s'aliéner les organisations juives. La Suisse, elle, a choisi de participer. De nombreuses ONG, aussi bien du Nord que du Sud, ont dénoncé l'absence de ces pays.

Les ONG ont aussi ressenti comme un affront le fait que le document final ait été adopté avant qu'elles aient pu s'exprimer. De nombreuses communautés n'ont pas pu mettre en avant leurs revendications et ont exprimé leur frustration."