Celle de Fadila Mehal a été publiée dans le quotidien gratuit Metro, mercredi 24 juin:

"En 2004, la loi sur le voile voulait protéger les jeunes filles en sanctuarisant les établissements scolaires et les administrations. Quatre ans plus tard, 58 députés, tous bords confondus, dépêchent une commission d'enquête parlementaire pour faire un état des lieux sur le port de la burqa. Que s'est-il donc passé pour que ce qu'on dénonçait hier à Kaboul soit devenu une réalité en France, notamment dans nos quartiers les plus déshérités ? Comment la France, terre des droits de l'homme, a-t-elle failli à ce point dans sa mission d'intégration pour que des jeunes derrière la burqa fassent la nique à la laïcité et à notre République ?(...) Et si la burqa n'était que l'arbre qui cache la forêt ?
Car les exemples aux manquements à la laïcité se multiplient : manifestations sportives interdites aux hommes, femmes demandant la non-mixité dans les piscines, maris refusant de faire soigner leur femme par des médecins hommes, mariage annulé par un mari répudiant son épouse non vierge et demandant l'aval de la loi républicaine. (...) Certes, le président de la République a raison de dire que "la burqa n'est pas bienvenue dans notre pays", seulement au-delà de ce principe il faut que nous trouvions des armes efficaces pour éradiquer ce communautarisme, afin que le droit (légitime) à la différence ne se transforme pas en la différence des droits. Pour cela, il faut refonder notre modèle d'intégration dont les femmes sont le marqueur symbolique. Il y a vingt ans, mieux qu'une loi, le dispositif "Femmes relais" imaginé par Simone Veil a permis l'émancipation de milliers de femmes. À quand, monsieur le président de la République, un dispositif "Femmes debout" pour offrir une autre alternative que la soumission aux femmes des quartiers ? Faisons en sorte que mieux que le voile ou la burqa, la Halde protège ces femmes des discriminations. Que des préfets à l'intégration et aux droits des femmes soient nommés, et qu'ils deviennent les nouveaux hussards de notre République, plus noirs et déterminés que la burqa qui défigure notre rêve démocratique."

Corinne Lepage, députée européenne et vice-présidente du Mouvement Démocrate, s'est déclarée, mardi 23 juin, favorable à une loi interdisant dans l'espace public le port de ces "prisons mobiles" que constituent, selon elle, la burqa et le niqab. "Je pense qu'il y a une forme d'hypocrisie à balayer d'un revers de main la question du port de la burqa ou du niqab comme s'il s'agissait d'une affaire à régler entre coreligionnaires alors qu'il s'agit en réalité d'une affaire qui intéresse tous les Français et toutes les Françaises car c'est la question de l'exercice de la citoyenneté dans notre pays qui est ainsi posée", a-t-elle estimé, dans un communiqué. Pour Corinne Lepage, il ne s'agit pas de "stigmatiser une religion ou une population" mais "d'aider les femmes, soumises à des pressions morales et parfois physiques, à pouvoir bénéficier dans sa plénitude de la loi française et de l'égalité des femmes qui y est inscrite". La mission d'information parlementaire dont l'Assemblée nationale a décidé la création "doit être regardée" selon elle, "comme un préalable au débat sur une loi interdisant le port de ces prisons mobiles dans l'espace public comme cela existe déjà dans d'autres pays européens". "L'application du principe de laïcité impose que l'ordre public qui en est issu soit respecté", juge-t-elle.