Voilà au moins un secteur de l'économie qui ne connaît pas la crise. Longtemps marginalisée, l'agriculture bio est en passe de prendre sa revanche. Certes, le chemin sera encore long avant que les pratiques culturales respectueuses de l'environnement et donc de la santé de ceux qui privilégient leurs produits occupent une place conséquente dans les terroirs de France, mais l'horizon se dégage. A l'Agence Bio, un groupement d'intérêt public qui orchestre la promotion de la filière, le baromètre est au beau fixe. Sondage à l'appui. Ainsi, en 2009, 46% des Français ont consommé au moins une fois par mois un produit bio et surtout 25% de nos compatriotes ont déclaré leur intention d'augmenter leurs achats bio dans les six mois à venir et 71% de rester fidèles à ce choix. Principale raison : l'agriculture biologique a des exigences spécifiques pour le bien-être animal et l'alimentation des animaux et ses productions ne contiennent ni colorant, ni arôme artificiel de synthèse. Autre précision de taille : 9 personnes sur 10 avalisent l'interdiction d'utiliser des OGM dans le bio. Manière limpide de rappeler que, dans l'assiette, le peuple de France ne veut pas être pris en otage par les visées hégémoniques des multinationales américaines de l'industrie agroalimentaire. Cette opinion positive bâtie sur l'envol de la demande est toutefois freinée par la modestie de l'offre. Evolution significative

Au début des années 1980, notre pays était le champion d'Europe de la bio. Mais par la suite, tous les gouvernements de gauche ou de droite ont privilégié l'agriculture intensive, recette qui a pour objectif de produire toujours plus pour exporter en masse. En clair, tout est à refaire, «mais on note une évolution significative depuis 2008», souligne Elizabeth Mercier, directrice de l'Agence Bio, « l'an passé en moyenne et par mois, 300 exploitations se sont converties au bio, soit une augmentation de 23% en un an ». Des professionnels plutôt jeunes qui parient sur l'avenir et le comportement plus sensible des consommateurs vis-à-vis de l'environnement. Le sondage témoigne de cette prise de conscience : «les 3/4 du panel estiment que la bio est une solution pour répondre aux problèmes écologiques». Cette motivation n'est pas tempérée par les prix plus élevés des produits. Un Français sur 4 juge normal de les payer plus cher et l'intérêt pour eux ne s'arrête pas à la frontière du foyer. «Les gens en veulent dans les restaurants, y compris ceux de leurs lieux de travail», ajoute Elizabeth Mercier. Ils souhaitent même en voir figurer dans les distributeurs automatiques et pour 75% des parents interrogés, c'est à la cantine que ce type de nourriture doit être servi. Le rôle du Grenelle

Le principe figurait en bonne place dans les attentes du Grenelle de l'environnement. Mais il faudra du temps : dans le marché général de l'alimentation, la part du bio atteignait 1,7% en 2008, 2% en 2009. Il reste de la marge... « Cela semble peu en progression, mais le pli est pris », commente la directrice de l'Agence bio. « Le Grenelle a joué un rôle indéniable, les consommateurs considèrent que l'usage massif de pesticides n'est pas bon pour leur santé et la grande distribution a fait beaucoup d'efforts pour rendre les produits bio plus accessibles. Forcément cela finira par payer », observe pour sa part Nadine Lauverjat, directrice du Mouvement pour le respect et les droits des générations futures (MDRGF). D'autant que l'Etat a lancé un plan quinquennal doté d'un fonds de 3 millions d'euros par an pour stimuler la filière. Objectif pour 2012 : convertir 6% de la surface agricole du pays et servir 20% de nourriture bio dans la restauration collective.

Patrice COSTA

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